Une centaine de mètres après le départ le trajet empruntait un joli sentier de sous-bois où on ne pouvait avancer qu'à un de front.Que se passe-t-il quand 371 coureurs veulent s'y engouffrer à peu près en même temps ?
oui ça fait un embouteillage sylvestre et pédestre, rarissime mais l'humanité a toujours fait preuve d'imagination.
Ai pas regretté de ne pas m'être échauffé, les premières minutes ont joué ce rôle à merveille : un peu de marche, un peu de pas de gymnastique, beaucoup de piétinement.
Partis dans les derniers et bloqués par un bouchon presque francilien on ne risquait pas de rattraper un jour les premiers mais comme c'était pas notre objectif...
Quand la densité de coureurs au m² se fut nettement réduite on adopta le rythme de croisière du plus expérimenté d'entre nous.
A la première côte j'ai appris une règle inconnue de moi : il ne faut pas ralentir en montée (avec son corollaire : ne pas accélérer en descente) et garder toujours la même vitesse.
Ah.
Bon.
Pourtant c'est drôlement tentant.
Et le copain il avait un régulateur de vitesse interne intégré, c'est pas possible autrement.
J'ai suivi parce que j'avais pas le choix, mais à chaque fin de côte j'étais au bord de l'asphyxie, l'air refusait fermement d'entrer, mon souffle ne voulait plus sortir, en représailles.
J'ai suivi aussi parce que c'était un peu la pagaille dans les balisages, il y avait 2 courses en même temps, la nôtre de 8.5 kms et une de 19 kms pour les masochistes, mais plutôt que faire simple en doublant le parcours pour les fadas, il y avait des bifurcations de temps en temps pour les 19 kms, qui reprenaient ensuite le même parcours que nous, nous dépassant alors à toute allure, tout rouges d'efforts inhumains comme si y avait quelque chose à gagner à l'arrivée.
Ce qui était peut-être le cas pour ce que j'en savais.
Après avoir dépassé 2 pancartes indiquant "6 kms" (déjà parcourus ? encore à parcourir ?) distantes de bien 1 km l'une de l'autre, j'ai renoncé à essayer de savoir où on en était, et j'ai surveillé ma montre en faisant confiance au pro qui nous affirmait qu'on galopait "sur la base de 55 minutes".
Les minutes en question défilaient encore plus lentement que pendant les surveillances d'examen sans jolie étudiante à contempler, mais tout a une fin, parait-il, et j'ai reconnu la route menant au stade d'où on était parti.
Glop glop, me suis-je dit.
Moins glop la déclivité épuisante de la route en question, avec un soleil étouffant qui décidait enfin de venir voir la course, et les copains qui ne ralentissaient pas l'allure d'un micron/heure.
Je m'accrochais à la vue de la ligne d'arrivée et au moment de quitter la route pour entrer dans le stade
avec un geste vague de la main.
surpris mais obéissants nous avons obtempéré.
Personnellement je l'aurais bien empalé et enduit de crême de marrons pour se faire dévorer par les fourmis d'Amazonie du film qui m'avait terrorisé quand j'avais une dizaine d'années, mais j'avais pas le temps.
C'était quand même le coup de grâce, j'avais perdu la foi qui me soutenait jusque là, j'ai ralenti malgré moi, et les copains m'avaient mis 20 mètres dans la vue quand on a fini par nous autoriser à passer la ligne d'arrivée, recevoir un tee-shirt, une bouteille de jus de pommes, deux superbes autocollants (cf image de début de billet) et plein de pubs pour d'autres courses (il a un grain le type qui a estimé que c'était le meilleur moment pour faire ce genre de publicité).J'étais tellement maître de mes facultés intellectuelles à ce moment que même en la faisant répéter 2 fois je n'ai compris qu'une heure après que la fille préposée aux tee-shirts me demandait la taille que je faisais.
Au jugé elle m'a donné la taille L, qui me va plutôt pas mal, preuve qu'elle a bien deviné que j'étais un gros J'ai passé la ligne d'arrivée 56 minutes après le départ. Les premiers de ceux qui couraient 19 kms sont arrivés moins de 20 minutes après, ce qui dégouterait un peu si j'en avais quelque chose à fiche.
Il est apparu peu à peu qu'il y avait eu des gros soucis sur les 2 trajets, les organisateurs ont palabré une heure sous la tente en fumant le calumet de la perplexité, avant de décider d'annuler tous les classements, de garder leur
En conclusion j'ignore à quelle place je suis arrivé, je sais combien de temps j'ai couru parce que j'avais ma montre mais je ne suis même pas certain de combien de kms on a fait, le pote pro affirmant que ça tournait plutôt aux alentours de 9.5 kms.
Et on n'a rien gagné, ni au tirage ni au grattage, même pas une paire de chaussures de sport ou un panier garni, ni un billet d'avion Poitiers-Ajaccio pour une personne (j'en aurais fait quoi ? je me demande même si c'était un aller-retour; d'un autre côté un aller simple peut suffire pour aller en Corse quand tu as le malheur de pas être corse), ni une nuit dans le château-hôtel local (très utile à 20 minutes de chez moi), et encore moins le séjour d'une semaine en Tunisie (je mourrais sans avoir jamais vu le désert, snif).
Ah si, j'ai gagné une ampoule au pied.
On s'est consolé en dévorant un énorme pique-nique avec les femmes zet enfants nous ayant rejoint après leur grasse-matinée. (Les femmes zet enfants de jadis seraient venus nous supporter et acclamer sur le bord du chemin mais tout se perd, ma bonne dame).
ps : si un amateur ou organisateur de compétitions de courses à pieds manquant d'humour passait par là, j'ai trouvé moi aussi que c'était malgré tout une belle course. C'est juste pas ma tasse de thé, l'esprit compétitif, pas plus que l'esprit grégaire d'ailleurs.
















































