
Un jour, nous en eûmes assez et décidâmes de partir en quête du Détraqueur de Temps.
Les filles de Camaret nous avaient chanté de le chercher du côté de la forteresse des nains de Tinagieldhi, là où la lande se pare de trois couleurs.

Après des heures de marche, bercées par les cris des goélands chassant le korrigan solitaire et les ploufs des cormorans en quête d'oeufs de sirènes, nous aperçûmes au loin la cité morte d'Ys.
La mer autour d'elle était de sable, et le ciel au-dessus d'elle était de métal.
Nous n'étions plus très loin, les nuages filaient comme des chevaux effrayés, avec un grincement de grééments sur le point de rompre.

A nos pieds la lande éclatait des couleurs cherchées.
Des lutins hagards nous croisaient sans nous voir, ni entendre nos questions. Ils semblaient fuir, mais sans énergie ni espoir.

En nous approchant prudemment du bord de la falaise, nous la vîmes, la citadelle abandonnée des nains, entre l'eau et le roc, presque inaccessible.
L'herbe l'avait envahie et on doutait que des Guetteurs surveillaient encore l'Ouest depuis les fenêtres de pierre, l'Ouest d'où viendraient les vaisseaux elfiques, un jour, peut-être.

Il fallait descendre, non sans se méfier des êtres de chaume, lents, rampants, stupides, mais à l'affut d'une jambe qui s'attarderait trop longtemps à leur portée.

Le silence seul nous accueillit, les portes étaient brisées, des souterrains sans lumière s'enfonçaient d'on ne pouvait savoir de combien de lieues sous et dans la falaise.

Nous les essayâmes, tous, les uns après les autres, usant de la ruse d'Ariane pour ne pas nous perdre et errer à jamais ou jusqu'à ce que des troupes de gobelins nous découvrent.

Pour une raison mystérieuse nos lampes ne fonctionnaient pas, les allumettes ne s'allumaient pas, quelque chose ou quelqu'un soufflait nos bougies.

Dans l'obscurité des voix s'élevaient, tantôt comme des murmures, tantôt comme des cris, poussées par un vent fantôme qu'aucun courant d'air ne justifiait, dans des langues oubliées d'espèces disparues;

ailleurs on devinait des pas nous accompagnant, des griffes sur la pierre, des zones de ténèbres plus sombres encore, où le froid nous prenait brutalement le visage.

Au plus profond des souterrains une fenêtre magique donnait sur l'Eté, avec le bleu de sa mer, le blanc des voiliers et du ciel, et le Golgoth le gardait prisonnier, sombre et immobile. Les voix s'étaient tues, les raclements et les trottinements aussi, et le Golgoth articula lentement :
"présomptueux petits humains, trouvez à quelle question nul être ne peut répondre oui sans mentir, et je libérerai l'été".Alors, si toi aussi, ami lecteur, tu en as assez de la météo pourrie, aide-nous à résoudre l'énigme du Détraqueur de Temps.