Dame Sosso m'a transmis un questionnaire assez particulier puisque réservé exclusivement aux profs, désolé pour les autres s'il y en a
(pas sûr en vertu du syllogisme suivant : blogueur = oisif, or prof = oisif, donc blogueur = prof)
Je dois raconter 6 de mes manies de prof.
C'est bien tombé parce que je finis actuellement ma 20e année d'enseignement, et que je peux ainsi faire un bilan de mon activité éducative à mi-parcours
(il me reste en gros 20 ans encore, ou plus si affinités prolongées de l'électorat avec l'UMP)Au passage hier c'était également les 3 ans de mon blog, ce dont tout le monde se fout puisque les lecteurs survivants de ces 3 ans de lecture se comptent sur les doigts d'une main.
D'ailleurs je vous comprends et vous signale que la correspondance complète de Diderot est bien plus intéressante que mon blog alors qu'est-ce que vous faites encore là ?!Bon c'est parti pour mes manies de prof :
1/ Je jongle avec un stylo pour évacuer mon stress de me retrouver seul contre un ennemi largement supérieur en nombre, même si de moins en moins supérieur en nombre au fil du semestre.
J'ai bien essayé de filmer mes jongleries pour vous faire admirer mon adresse après 20 années d'entrainement mais le nombre d'images par secondes est trop faible, on ne voit pas grand chose.
Vous pouvez m'admirer en train de jongler sur
cette caricature datant de ma 12e année d'enseignement environ. J'ai encore fait des progrès depuis.
2/ Je surveille du coin de l'oeil mes plus jolies étudiantes, avec angoisse. Peut-être vont-elles se jeter sur moi pour me violer ? Elles ne l'ont pas fait en 20 ans, mais qu'est-ce que cela prouve ? il leur reste encore 20 ans pour céder à ces pulsions violentes autant qu'irrépressibles.
3/ De l'autre oeil, ou de l'autre coin du premier oeil, je guette les écureuils et les lapins du campus par la fenêtre. Je les vois très rarement, c'est bien qu'ils ont quelque chose à cacher, non ?
Et quand j'en croise un en baguenaudant à pieds, il s'enfuit aussitôt, comme s'il avait mauvaise conscience ou ne voulait pas tomber entre mes mains et être forcé de révéler la conspiration lapins-écureuils contre les humains de la fac pour reprendre leur territoire. Cela fait 20 ans qu'ils la préparent, c'est dire si elle va être efficace et dévastatrice lorsqu'ils déclencheront l'ultime étape.
4/ La dernière fois que j'ai tenté de corriger un paquet de copies en commençant par la 1ere copie, puis la seconde et ainsi de suite jusqu'à la dernière, j'ai failli mourir de désespoir et de chagrin en mettant 1 heure pour la 1ere et presque autant pour la deuxième.
Alors depuis je commence par la dernière ah non ça marche pas ça change rien. Alors je commence par la 1ere question dans toutes les copies, puis la seconde question, etc
Objectivement, ça doit prendre plus longtemps, because le temps perdu à chercher dans chaque copie la question en cours de correction, compte-tenu que les étudiants sont spéciaux, eux ne commencent pas par répondre à la 1ere question, puis la 2nde, etc, ils les font dans le désordre et parfois ne précisent même pas à quelle question ils répondent, probablement dans l'espoir vain que leurs délires racontés à propos d'une question se révèlent vérité d'Evangile pour une autre question.
Psychologiquement, le gain est énorme, mes envies de meurtres d'étudiants sont atténuées, je corrige la 1ere question en une demie-heure, sans trop faire attention qu'il en reste 25 autres.
Et surtout, arrivé à la moitié des questions, on pourrait croire qu'il me reste autant de boulot, et bien pas du tout, le nombre d'étudiants qui décident d'épargner aux questions suivantes leur imagination poétique dans le farfelu augmente à chaque étape, et je m'aperçois avec un bonheur indicible que vers la fin, personne n'a daigné écrire n'importe quoi pour continuer à me faire perdre mon temps. Ils se sont lassés avant moi, je sors victorieux du long combat.
5/ Je suis persuadé que la meilleure manière d'enseigner est celle que je n'utilise jamais, mais par souci démagogique j'utilise celle qui plait aux étudiants.
Les étudiants aiment que j'explique tout dans les moindres détails, que je ne les oblige pas trop à chercher activement les exercices que je leur donne en TD, et que je les corrige moi-même plutôt que les envoyer au tableau, que je leur donne également le moins possible de travail à faire chez eux.
Ils sont contents, ils ont tout compris, ils pensent être capables de refaire ce que j'ai fait devant eux, sans s'entrainer et se fatiguer soi-même, illusion vite détrompée le jour J.
Moi je sais bien que là où j'ai le plus appris en tant qu'étudiant c'est avec une prof qui ne délivrait que des squelettes de solutions, laissait la moitié des démonstrations dans l'Ombre, ne demandait jamais si on avait compris, et ça valait mieux parce que sur le moment on ne comprenait rien.
Pour chaque heure avec elle, nous devions travailler ensuite 3 ou 4 heures à plusieurs pour remplir les trous, comprendre et assimiler.
L'inconvénient de la technique c'est qu'au bout du compte ce certif d'Orsay n'était plus suivi que par les plus fous des normaliens, et que Poi*tiers étant très loin de toute ENS, j'ai un peu peur de l'essayer ici, au lieu de me violer, mes étudiants me lyncheraient.
6/ N'ayant jamais eu le moindre conseil pédagogique/enseignement didactique/stage j'ai certainement des tas de lacunes que n'ont pas les enseignants qui ont eu la chance merveilleuse de connaître l'IUFM. (La première année on m'a confié des étudiants, une salle, une éponge et des craies, des feuilles d'exos, et débrouille-toi mon gars).
En particulier en début d'heure je réussis à utiliser mon tableau à peu près rationnellement, en partant d'en haut à gauche et en finissant en bas à droite, à la fin de la séance y en a dans tous les coins et dans tous les sens, tant pis pour ceux qui s'endorment une minute ou décident d'envoyer un sms à leur copine.
Je transmets ce questionnaire à tous les enseignants que je compte parmi mes lecteurs, et qui ne l'auraient pas encore fait.